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Le résistant mascara

Je la revois encore froncer ses yeux et ses sourcils charbonneux pour regarder au loin passer son troupeau de chèvres et de moutons. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle était myope (comme moi), ou parce que le soleil de notre Sahara natal frappait trop fort pour elle. Ma grand-mère paternelle, Moui Lalla, avait ce regard intense de la femme du Désert. Dont ma sœur cadette a hérité.

Une grande partie de l’imagerie orientaliste étudiée dans le domaine de l’histoire de l’art s’attarde à la compréhension, mais aussi au constat que dans nos sociétés nord-africaines, les yeux sont un critère de beauté favorisé. Et parmi nos gestes légués, se les maquiller les yeux est une priorité quand vient le temps de porter notre masque social à la socialité (si j’ose l’appeler ainsi).

Quand j’étais jeune, ma mère avait quatre produits de beauté : du siwak (une écorce végétale avec laquelle elle astiquait ses dents), un rouge à lèvres vert qui devenait rouge quand tu l’appliquais et qui tenait jusqu’à la fin des temps, du sabon beldi (savoir noir), et une petite fiole taillée à même le bois qui contenait du khôl. Ni plus, ni moins. Elle pouvait faire le tour de la planète avec ça. Adolescente, quand je la suppliais de m’acheter du maquillage, elle me disait que j’étais bien ainsi au naturel ou elle me proposait, à la rigueur, de mettre du khôl.

  • L’utilisation ancestrale du khôl

Le khôl ou, pour utiliser son nom scientifique, le sulfure d’antimoine est employé de manière ancestrale par les populations amazigh et égyptiennes. C’est un minerai friable qui ne peut pas remplacer le métal et qui a le mérite d’être transformé en poudre (et être mélangé au plomb). La particularité de l’antimoine, c’est qu’il possède des paillettes argentées dans sa composition, d’où la raison pour laquelle, ce fut le produit idéal pour se maquiller les yeux. Son usage remonte au IVe siècle avant J.C., et tout le monde en portait, sans distinction de genre, d’âge et de classe sociale. Tant en Afrique du Nord, qu’au Sud de l’Europe.

Dans ma famille, le khôl servait à soigner les yeux, à se protéger des esprits malveillants; et j’ai aussi le vague souvenir d’avoir entendu dire qu’on en appliquait dans les yeux des nouveau-nés, tel un collyre contre les infections, les conjonctivites et pour éloigner les mouches.

Trois grandes utilités cosmétiques ont été reconnues au khôl. D’une première part, il sert à souligner en l’appliquant avec un petit bâtonnet sur le pourtour de l’œil. D’autre part, il peut servir de fard à paupières de par sa texture en poudre. Et enfin, mélangé à du gras animal ou de la poudre d’amandes grillées, le khôl maquillait aussi les cils, comme le mascara moderne peut le faire aujourd’hui.

Petite fiole en bois à khôl provenant de Marrakech et offerte par une amie
  • Le poids des mots : l’origine algérienne du Mascara

Vous me voyez venir. Mascara, c’est avant tout une ville algérienne (qui fait partie de la région d’Oran) à l’importance symbolique et historique. Et oui, à Mascara, on y retrouvait les plus riches mines d’antimoine d’Afrique du Nord, dont l’exploitation était l’une des principales activités économiques de l’époque précoloniale. Mascara a aussi été un bastion de la Résistance contre l’impérialisme et la colonisation française ayant pour chef spirituel et combattant de la liberté le symbolique Émir Abd-El-Kader, qui s’est battu de 1832 à 1842 avant de se rendre aux Français. Abd-El-Kader, c’est aussi la fameuse chanson traditionnelle reprise par Cheb Khaled, Rachid Taha et Faudel de 1, 2, 3 Soleil (1998) qui fait honneur au patriote. Donc dire que c’est Eugène Rimmel qui a inventé le mascara et qu’il s’est inspiré de la traduction italienne du mot masque pour nommer sa « trouvaille », c’est encore un geste de spoliation coloniale à dénoncer.

  • De l’utilité de passer à un mascara à la composition clean

Comme je l’ai déjà, l’une des raisons physiques qui a justifiée mon virage vers la Green Beauty a été le fait d’avoir perdu tous mes cils après l’application d’un mascara conventionnel qui a collé et résisté au démaquillage. Mon drapeau rouge s’est levé à ce moment-là.

Je pense que vu la fragilité de la muqueuse des yeux, l’utilisation de produits naturels se recommande facilement, même si le mascara a été longtemps le produit qui avait mauvaise presse en matière d’efficacité. Effectivement, les premières générations ne tenaient pas beaucoup, et rapidement on ressemblait à un raton-laveur parce que le noir avait filé en-dessous des yeux. Heureusement, depuis lors, les mascaras en Green Beauty ont vu leur composition grandement s’améliorer, et leur résultat est super comparable à n’importe quel produit trouvé en magasin.

Pour ma part, je suis enchantée des tubes que j’essaie depuis plusieurs mois qui ont réussi à passer le test du photoshoot et du tournage de plateau de télévision.

  • Des suggestions de mascaras testés et approuvés (et adoptés)

Parmi le vaste choix que nous propose l’industrie du « vrai » clean, mon coup de cœur va vers quatre marques que j’ai testées. Parmi elles, j’ai acheté deux avec mes sous, et les deux autres, je les ai reçues.

Catégorie délicatesse : le Maracuja Oil Mascara de chez 100% Pure et le Essentiel Mascara de chez Elate.

Le Maracuja Oil Mascara est celui qui a la composition la plus fabuleuse (d’où son prix autour de 35$) puisqu’il est fait à base de jus de thé noir et d’aloe vera et d’huile de fruit de la passion. Son odeur acidulée est unique et sa texture se prête bien pour un maquillage de tous les jours.

L’Essentiel Mascara de chez Elate est aussi un excellent choix pour un maquillage quotidien (pour aller travailler, notamment), sa brosse divise bien les cils et surtout son prix est abordable (28$). Il contient de la cire végétale, ce qui garantit de la tenue.

Les deux sont végans.

Catégorie glamour : Le Black Vegan Mascara de chez Lily Lolo et le All Aflutter de chez Burt’s Bees.

Franchement si tu veux des cils de plume, le Lily Lolo est fait pour toi. Il est grandement enrichi de cire végétale de myrica, ce qui fait qu’il est aussi résistant qu’un waterproof, et en plus, il donne un volume de fou. Il est au prix raisonnable de 27,50$. Le petit hic, c’est que le tube sèche plus vite que les autres, donc il dure moins longtemps.

Rapport qualité-prix et surtout, accessibilité, je ne peux te conseiller que le All Aflutter de chez Burt’s Bees. Il fait tout, volume, allonge, définit et dure longtemps. Il coûte 15$99. Par contre, il n’est pas végan, le deuxième ingrédient de sa composition est de la cire d’abeille. Pour ma part, je suis une consommatrice des produits de l’abeille, donc ça ne me dérange pas.

Peut-être que de remettre les pendules à l’heure sur l’origine du mascara est un simple battement de cils, certes, insignifiant et perdu dans le vortex de l’information des internet. Mais pourtant, j’ai l’extrême conviction que donner du sens et une certaine légitimé à l’acte de se maquiller est salvateur, même émancipateur. Vous n’êtes pas de mon avis?

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