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Trusting the Process

Je viens d’être saisie.

Les années sont passées si vite. Je me relis, je revois les photos, mes filles si petites sont elles sur ces images. Mes mots, mes textes, tous emprunts de cet espoir de faire changer les choses. Et si fâchée en même temps. Moi, si différente sans mes tatouages…

Depuis le dernier article que j’ai publié en février 2022, j’ai passé 4 mois au Maroc. Ce retour à la source si théorique dont je rêvais à travers mes articles est finalement devenu un projet concret. J’ai économisé mon argent, planifié, pris enfants et bagages et nous sommes parties retrouver notre pays. Et surtout, je ne me suis pas posée 1000 questions. Nous devions partir. J’ai fait confiance.

Je crois que définitivement si je n’étais pas retournée au pays, je serai en dépression majeure aujourd’hui.

Parce que j’avais frappé un mur. Tu sais cet instant où tu n’as plus de réponses, même pas ton esprit, si analytique que t’as développée, ne parvient à te faire débogguer. Je n’avais plus d’arguments, plus de solutions à proposer pour contourner le traitement inégalitaire des sociétés encore colonisatrices, pour lutter contre les rapports de domination, me battre contre toutes formes de phobies et de phobes, plus de jus et d’énergie pour essayer de faire ma place dans une société qui finalement, ne veut pas de moi, ne veut pas de nous. Toutes ces décennies perdues à vouloir convaincre que je ne suis pas une catégorie de demi-citoyenne. Celle dont la société a besoin de moi comme main d’œuvre, et rien d’autres.

Ce point de non-retour a été donc mon nouveau point de départ.

Je suis née en France dans une société qui n’aime pas les immigrant.es qui proviennent de ses anciennes colonies africaines, je suis partie pour le Québec, le Canada, qui a clairement un problème d’islamophobie, et qui pratique un interculturalisme cosmétique, tokeniste. Juste pour paraître bien. C’est comme si j’avais jamais pu souffler finalement avec ces deux expériences migratoires.

Puis, un jour, j’ai eu l’occasion de discuter avec un ami qui me disait : « Tu sais Myriam, on ne peut passer toute notre vie a essayé de les convaincre qu’on est ici chez nous, qu’on a le droit d’être représenté.és et d’accéder à la réussite sociale. Je songe sérieusement à retourner au pays. Je pense qu’il n’y a plus rien pour nous ici ». Ses mots ont résonné si forts dans ma tête que j’en ai été obsédés pendant des semaines.

Moi aussi, je ne veux plus être traitée de la sorte. Moi aussi, je veux rentrer chez moi, au Maroc.

Et lorsque ma décision a été prise, les choses se sont rapidement enchainées, j’ai su comment planifier mon projet, comment je vais faire pour concilier les deux pays de mes enfants, ma carrière professionnelle, tous ces trucs qui t’empêchent de prendre des décisions parce que t’es attachée au matériel, j’ai pensé à tout. Car pour une fois dans ma vie, j’étais libre. Libre de partir, de repartir à zéro les pieds enfoncés dans le sable du désert de mon océan. Plus rien à prouver, juste retourner au vaisseau-mère après avoir errée pendant des années-lumière dans l’espace hostile.

Et ce poids que je me suis enlevée des épaules est parti parce que j’ai fait confiance, j’ai trust le process.

Je n’ai aucune idée de ce qu’il m’attend, mais ce que je sais d’ores et déjà, c’est que j’ai une porte de sortie. Et cette sensation d’entière souveraineté est absolument salvatrice, je suis enfin soulagée, car je sais d’où je viens. Elle me suffit largement pour me sentir vivante, et faire confiance à la suite des choses.

Et il ne reste plus qu’à faire ralentir le temps à présent (pour en profiter au max!)

Merci de finir cette conversation avec moi sur Instagram

Photo : Instagram @saadounique

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