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Une contemplative : Respirer l’ombre et la tortue

La contemplation est un exercice créatif qui puise sa réussite dans la manière dont la personne module sa respiration. Du moins, c’est que je crois.

Je me suis souvent surprise à contrôler ma manière de respirer quand je dessine ou quand j’écris. On dirait que cela me permet d’obtenir un résultat qui me satisfait : des lignes que je considère droites au bout de mon crayon, ou des mots lourds de justesse pour métaboliser mes émotions. Retenir ma respiration pour solliciter l’énergie de ces histoires qui habitent mon corps et mon âme, comme une sonnette qui retentit à la porte d’une maison.

Je me vois faire de l’apnée par alternance lorsque assise devant la Cordillère des Andes à 3000 mètres d’altitude au-dessus de l’Altiplano bolivien. Je suis accueillie par une communauté aymara, laissée seule par respect de ma présence en tant qu’invitée. Et le paysage a été mon ultime compagnie. De nombreuses fois, j’ai arrêté de respirer afin de m’abandonner dans la grandeur de cette plénitude. Mon esprit ne se concentrait que sur cette nature aux accents exceptionnels d’aridité. Je me remettais à reprendre de l’air, juste assez pour ne pas m’évanouir, de peur de ne pas pouvoir profiter des lieux à la hauteur de mes espérances.

La contemplation m’entraine dans un état second qui flirte avec la méditation, cependant mon introspection se fait en dehors de mon corps, et c’est l’enracinement avec les éléments naturels par une connexion mystique qui offre cette communication holistique. L’appel de l’horizon qui me promet, que là-bas, je serai chez moi… 

Respirer l’ombre 

Il n’y a pas de route pour accéder au village de mon père aux portes du désert du Sahara au Maroc. On doit emprunter la piste qui a eu de la peine à se creuser un passage dans la montagne. Cette route qui brassait tellement à faire mal aux fesses de rebondir continuellement sur les sièges d’auto. La poussière du sable et de la roche qui s’infiltrait dans les narines, comparable à une poudre anesthésiante. Celle qui te monte à la tête te faisant voir des mirages au lointains. Apercevoir l’ombre noire d’un géant marchant à grands pas, la regarder jusqu’à ce qu’elle disparaisse. 

La contemplation n’est pas si silence que l’on pourrait le croire, elle aime converser et poser des questions, certaines fois existentielles, d’autres fois, plus simples. Son abîme est si poétique que le narcissisme de sa beauté en est salvateur. 

Respirer la tortue 

As-tu déjà passé des heures à contempler l’océan? Comme un miroir, tu le regardes et tu cherches désespérément ton reflet. Le bleu de la mer infinie ne t’effraie pas, car c’est ta demeure. Sa familiarité résonne en toi. Tu t’assoies sur son sable, puis tu commences à écrire l’histoire de ta vie. Les arabesques que tu dessines sont synchronisées avec ton souffle intérieur, parce qu’à cet instant, c’est la seule chose qui reste. Tu restes cette chose.

Je me suis perdue sur une île déserte, une fois. Pour mieux me retrouver, peut-être. Observer les vagues à ne plus finir était devenu mon activité quotidienne. J’en saisissais les subtilités sonores au point de reconnaitre si la vague qui roulerait à mes pieds serait était plus petite ou plus grande que celle qui la succédait. L’écume aussi avait sa musique, accompagnée par le son des percussions faites par les pinces des petits crabes frivoles. 

À un moment donné, les yeux encore plongés vers l’horizon, j’ai revu l’ombre noire du géant, le même que celui que j’avais vu enfant dans le désert de mon père. Mais en m’y attardant plus longuement, je m’étais rendue compte que c’était finalement une tortue luth qui se dirigeait en toute confiance vers moi. Le dos de sa carapace saillante sortait de l’eau, glissant avec toute sa légendaire douceur et lenteur jusqu’à moi. Sans même crier gare, elle a sorti sa tête de l’eau. Je suis sûre qu’elle m’avait vue, car je l’ai sentie me fixer quelques secondes. Ensuite, elle s’est arrêtée pour reprendre une bouffée d’air, pour replonger vers des profondeurs hypothétiquement contemplatives.

Je sens le souffle de la contemplation picoter au bout de mes doigts, semblable à l’affirmation de mon existence. Il me donne comme cadeau son incommensurable liberté d’être que je vais prendre volontiers. Et je sentirai, jusqu’au fond de mon nez, l’odeur de l’ombre de la tortue noire.

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