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Choisir ses batailles ou comment accepter que tu ne peux pas sauver tout le monde

Enfant, je faisais de l’anxiété nocturne.

En fait, j’étais souvent envahie par une peur étouffante et insurmontable, liée à cette impuissance de ne pouvoir aider tout le monde. Je pensais aux enfants qui mouraient de faim que je ne pouvais pas sauver. Aux injustices qui affligent violences et douleurs. J’imaginais toutes ces personnes qui perdent leur vie à chaque seconde qui s’écoulent dans une journée. Je me revois petite fille dans mon lit faire des crises de panique.

J’ai entendu pour la première fois l’expression « Choisir ses batailles » ici au Québec. Pas besoin d’un long monologue pour l’expliquer, puisqu’elle parle d’elle-même. Choisir ses batailles ne veut pas dire se voiler la face. Au contraire. C’est une force d’esprit qui ne fait que confirmer ta grande maturité en matière de décisions. Mettre ses limites pour assurer ta survie.

Le problème avec les réseaux sociaux…

Je ne m’explique pas comment les gens sur les réseaux sociaux embrassent des causes politiques et sociales si spontanément, sans prendre le temps d’aller lire une source crédible concernant l’événement : soit aller faire ses devoirs, pour la suite, revendiquer. Il n’y a aucune intelligence artificielle qui te permet de distinguer le faux du vrai, le démagogique du résultat empirique de la tonne d’informations qui circule sur les internet. C’est l’effort de la pensée scientifique qui te permettra d’avoir un avis sur la question.

Je comprends fortement la bonne intention qu’il y a derrière ce geste. On veut créer une chaine de solidarité et profiter de sa tribune (si petite soit-elle) pour passer le message. Cependant, j’ai l’ultime conviction que certaines fois, les utilisatrices et les utilisateurs le font pour bien paraître, et c’est à partir de ce moment là que j’ai un malaise.

Je pense réellement que porter une cause sociale, tel un étendard, est un devoir moral lourd de par sa décision et de par ses actes pour y remédier. Je m’explique.

Dans mon article que j’ai publié en juin dernier après l’affaire George Floyd intitulé « Vas-tu nous défendre? (pour de vrai) » , j’avais déjà exprimé mon malaise par rapport aux post pastels à l’esthétisme mainstream sur le BLM publiés de tous bords et tous côtés par des personnes blanches. Puis, plus de 100 jours après ce tragique événement, tout s’est épuisé. Je ne sais pas jusqu’à quel point les choses ont finalement changé.

De ce fait, je crois réellement que la revendication et la dénonciation sont des actes qui doivent être faits avec sérieux, parce qu’il y a trop d’enjeux humains derrière ça. Imagine, si tu passes ta journée à dénoncer tout ce que tu vois passer sur les réseaux sociaux dans les grandes règles de l’art… C’est tout simplement impossible à faire. Ta santé mentale y passerait.

On n’a plus à démontrer la corrélation entre le temps de fréquentation des réseaux sociaux et le taux élevé d’anxiété (Mohammad H. Afzali. 2018), il ne faut pas oublier qu’ils contribuent à construire nos vies avec ce faux sens de la perfection (The Social Dilemma, Netflix, 2020).

Agir de manière microsociologique

Pour ma part, j’ai une profonde sensibilité pour la dénonciation universelle des inégalités sociales. Malgré tout, je n’ai pas les moyens de lutter contre toutes. Je suis obligée de choisir celles pour lesquelles je vais m’investir, pas par manque d’empathie, non, tout simplement parce que je ne suis pas capable de prendre cette charge émotive supplémentaire sur mes épaules.

Se focaliser sur une cause plus qu’une autre, ce n’est pas fonctionner selon une échelle de la misère humaine où certaines injustices seraient pires que d’autres. Non, attention, je n’ai jamais dit ça. C’est le geste humble de changer les choses qui font partie de notre environnement immédiat.

Je suis une activiste anti-raciste, mes dénonciations concernent la réalité que ma communauté afro-descendante (nord-africaine, notamment) vit au Québec. Ce qui se passe aux États-Unis me chagrine au plus haut point, sauf que je dois me concentrer à lutter comme le racisme systémique instauré par nos instances gouvernementales ici. Je ne peux pas donner plus.

Ainsi, je vous dirais que bien honnêtement, avant que je partage quelque chose qui a une portée politique, je vais être critique dans le sens où, je vais lire des sources pour me forger une opinion dessus avant d’émettre la mienne; si ça me dit d’en émettre une (en passant).

Tous tes choix en matière de dénonciations des inégalités sociales sont légitimes

Le grand Instagram peut être la scène d’un grand tribunal du jugement de valeurs. Ce qu’on appelle dans le jargon, la polarisation des idées, dont la popularité actuelle menace l’équilibre sociétale. Un manichéisme basé sur les principes de se camper sur deux positions totalement opposées. Tu es pour, ou tu es contre.

Avant tout, je tiens à vous rassurer, si vous ne dénoncez rien sur les réseaux sociaux, ce n’est pas grave, ça ne fera pas de vous une personne moins empathique. Au contraire. C’est une démarche très personnelle, qui n’appartient qu’à vous.

Comment pouvoir souffler malgré tout dans cet océan de revendications?

  1. Être une simple spectatrice. Observer, lire et par la suite, si ça te chante, te forger une opinion.
  2. Normalement celles que tu suis et que tu aimes ne devraient pas avoir un discours moralisateur, au point de te rendre malade de culpabilité.
  3. Ne pas partager des images alarmistes sur les réseaux sociaux, parce que tu as de la misère à les regarder, est plus qu’acceptable. Par exemple, moi je ne suis pas capable de partager des messages qui concernent des agressions sexuelles faites aux enfants, parce que c’est trop violent pour moi. Ça m’est trop dur, et si j’avais à le faire, ça me rendrait dépressive. Donc, je m’en abstiens.
  4. Tu n’es pas obligée d’embrasser toutes les causes. Et les points 1 et 3 peuvent expliquer ton choix.
  5. Et pour finir, n’oublies pas, la technologie peut contribuer à faire ressortir le pire de l’Humanité. C’est un véritable exutoire pour une partie de notre population.

Tout ça expliquerait pourquoi je ne partage pas tous les posts qui dénoncent dans les réseaux sociaux. La cause de Ouïghours ne m’est pas insensible, c’est juste que je n’ai pas assez lu sur la question pour donner mon opinion, et pour mener des actions concrètes de changement. Alors, je n’en parle pas.

Malgré tout, les internets ont l’avantage d’avoir permis à des groupes, qui ne sont pas représentés dans les médias traditionnels, d’avoir une voix. Et ça, c’est cool. Si je suis là avec vous tout de suite, c’est grâce à eux. Maintenant, l’exercice est de trouver un équilibre, car, après tout, on est là pour s’émanciper. Pas pour autre chose.

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