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Sortir sa pierre d’Alun

Cet article est une collaboration faite avec le collectif de sorcières Ouitch. Ce texte est un premier d’une série qui raconte les histoires de sorcières marocaines de ma famille.

Assise au sol, j’attendais qu’elle passe au-dessus de ma tête le pot d’argile cuite plein de brasiers fumants, censés m’enlever le Mauvais Œil qui m’avait frappée. Maman ne discutait pas avec moi, ne m’amenait pas chez la psy ou le médecin. Quand quelque chose n’allait pas, elle sortait ses herbes, sa pierre d’Alun, ses encens, citait des incantations ancestrales pour que je puisse être sortie du trouble dans lequel j’étais.

Elle a toujours dit de moi que j’étais très sensible. Elle était attentive à mes prémonitions, écoutait mes ressentis provoqués par mon instinct, et faisait confiance en ma manière de communiquer avec les énergies. 

Je suis une descendante directe par ma lignée maternelle de sorcières marocaines, ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère (que j’ai connue). On se l’ait caché longtemps de peur qu’on nous juge ou qu’on nous cause des problèmes. Parce que nos pratiques interdites par la religion dominante. 

Je me revois petite fille avec suspendue autour du cou une multitude de chaines chaines portant des amulettes et autres gri-gri protecteurs des mauvais esprits malveillants. Pour ne pas attirer les « Djinns » (trad. : mauvais esprits). 

Puis, j’ai grandi et je suis finalement partie de la maison pour aller étudier à l’université, cela afin de me garantir un avenir professionnel. J’ai mis dans une petite boite toutes ces pratiques ésotériques en me disant qu’elles appartenaient à une enfance résolument perdue du Sud de la France. Ainsi, j’ai voyagé de ville en ville et de pays en pays. Et j’ai atterri à Montréal.

La quête de la réussite sociale nous oblige à faire des choix dans la vie. Pour m’assurer un futur à la hauteur de mes espérances, j’ai dû me résoudre à me concentrer sur des choses pragmatiques et cartésiennes. C’est pourquoi pendant des décennies, j’ai pratiqué une forme d’amnésie qui a fait en sorte que j’avais oublié d’où je venais, qui j’étais réellement, mais aussi, quelle était ma mission. 

Rapidement, après que j’ai pu stabiliser ma carrière et ma situation financière, l’appel de la maternité s’est fait sentir. C’est là que les choses ont basculé. Avec ce nouveau-né dans les bras, seule, loin de ma famille et des miens, je n’avais aucune aide et aucun soutien de ma mère. J’étais livrée à moi-même, sans repère légué. Mais, envers et contre tout, les choses sont revenues naturellement. Je me suis vue chanter des berceuses en marocain à mon bébé pour la calmer. Utiliser des bouts de laine rouge que je lui collais entre les deux yeux pour faire arrêter son hoquet. Suspendre des mains de Fatima dans sa chambre pour la protéger. Citer des incantations contre le Mauvais Œil à chaque fois que quelqu’un la trouvait belle. Je faisais brûler de la sauge en feuilles pour la préserver d’un quelconque malheur, ou quand elle était victime d’une succession de malchances.

Instinctivement, la machine est repartie, mais cette fois-ci, au lieu d’être la petite fille assise par terre, j’étais cette mère de famille nord-africaine ayant posé des gestes de bienveillance et de protection ancestraux pour le bien-être de son bébé. Je me suis raccrochée à eux, car ils sont ma connexion avec mes aïeux. Les pratiques des femmes de ma famille ont retrouvé leur souveraineté dans notre vie. 

Je vous invite à écouter cette petite flamme que vous portez à l’intérieur de vous-même et qui est le résultat de toutes ces rencontres privilégiées d’une vie. Quand elle vous tiraille, ça veut dire qu’elle a la réponse à vos problèmes, peu importe si elle s’exprime par des rituels de magie ou de simples envies de chanter. 

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